/



:



 
 . .

 | 
 

  BOGHARI Ksar el Boukhari

         
admin


avatar

: 5001
: 50
: 11815
: 03/08/2008

: BOGHARI Ksar el Boukhari    22 2011, 15:45






BOGHARI (ou Ksar el Boukhari)
Documents et textes : Georges Bouchet
*************************************
BOGHARI (ou Ksar el Boukhari)
*************************************
*Boghari est une cration franaise place au-dessous d'un village arabe
*Boghari fut le sige d'un bureau arabe de 1856 1870
*Boghari devint ensuite chef-lieu de commune, de commune mixte et de canton
*Boghari devint enfin sous-prfecture en 1956
*************************************
En 1954 la commune avait 10 153 habitants dont 890 europens
Commenons par de brves considrations toponymiques sur l'origine du nom car dans votre esprit, comme dans le mien,
les noms de Boghar et de Boghari sont associs ; associs mais ne pas confondre. Ils dsignent deux centres proches,
mais l'un avait exist l'poque romaine, et l'autre pas. L'un est sur la rive gauche du Chlif, trs en hauteur,
l'autre sur la rive droite dans la valle mme. Et surtout, n'tant pas dans la mme commune du temps des Franais,
je dois les tudier part. Je commencerai par Boghari, qui seul fut chef-lieu d'arrondissement, et me contenterai,
pour Boghar, d'ajouter un paragraphe complmentaire, tout la fin.
Ces deux centres ont des noms qui ont une origine commune : sans doute le nom, dform par les Franais,
d'un marabout sur lequel je ne sais rien de prcis, Sidi el Boukhari ou el Boukharia. Prs de sa koubba,
les Turcs avaient tabli, au XVIII sicle, un fortin qui prit, en arabe, le nom de Ksar el Boukhari.
On cite aussi Bokhari, qui est le nom d'un ulma exgte clbre pour ses commentaires du Coran.
Nous voil donc avec trois noms pour deux centres : Boghar, Ksar el Boukhari et Boghari.
C'est le moment de dire, en insistant, que lorsque les premiers soldats franais sont arrivs l en 1841,
il existait dj Boghar et Ksar el Boukhari ; mais pas Boghari.
Pour bien situer ces lieux, je place tout de suite l'extrait d'une carte d'Etat-Major des annes 1930.
***extrait d'une carte d'tat-major des annes 1930***



Ce que nous appelions Boghari, c'est la fois le bourg franais en bas de part et d'autre de la grande route (RN 1)
et le village arabe du ksar au-dessus. Il se trouve qu'aujourd'hui l'Algrie appelle ce mme ensemble Ksar el Boukhari.
L'oued est le Chlif qui coule du sud vers le nord.
Entre le bourg franais et l'ancien ksar il y a un peu plus d'un kilomtre.
Boghari avant les Franais.
En 1841, lorsque nous pourchassions les partisans d'Abd el-Kader, Boghari n'existait pas, mais le ksar, oui.
Voici ce que Fromentin, de passage le 26 mai 1853 crit son propos dans " un t au Sahara ".
" C'est un petit village entirement arabe, cramponn sur le dos d'un mamelon soleilleux et toujours aride : il se fait face
avec Boghar trois-quarts de lieue de distance, spars seulement par le Chlif et une troite valle sans arbre.
Je ne connaissais rien de pareil et d'aussi compltement fauve, et disons le mot qui me cote dire,
d'aussi jaune Le village est blanc, vein de brun, vein de lilasHormis deux ou trois figuiers et autant de lentisques,
il n'y a rien qui ressemble un arbre, pas mme de l'herbe Tu sauras que ce village qui sert de comptoir et
d'entrept aux nomades, est peupl de jolies femmes venues pour la plupart de tribus sahariennes Ouled Nal o les murs sont faciles ".
En peu de mots Fromentin a dit l'essentiel : c'est un lieu d'changes frquent par des nomades de l'Atlas saharien o
les commerants peuvent dpenser une partie de leurs gains avec des danseuses pas du tout farouches, que nous examinerons plus
en dtail Bou-Sada, leur fief.
Il prcise qu'il a " camp au pied du village sur un terrain battu o bivouaquaient des caravanes ". C'est tout juste sur
ce terrain que trois ans plus tard a t cr le village franais.
Boghari l'poque franaise : 1856-1962
L'ide de s'installer dans la valle du Chlif, en bas des casernes dj construites Boghar, ne s'est impose qu'aprs la conqute
de Laghouat le 4 dcembre 1852. Comme il n'tait plus question d'abandonner cette conqute qui avait t difficile, il fallait bien
amnager et scuriser une piste carrossable, afin de ravitailler tous les postes militaires chelonns sur les 265km qui sparent Boghari de Laghouat.
Je suppose que l'on a d commencer par organiser un gte d'tape pas trop inconfortable. Il ne pouvait y avoir de cheminement plus
commode entre Alger et le Sahara, que celui qui rejoignait la valle du Chlif 8 km en amont de Boghari.
En 1856 Napolon III, pourtant hostile l'implantation de centres franais trop loigns du littoral, signa le dcret de cration
d'un village franais Boghari pour des raisons essentiellement stratgiques et accessoirement commerciales. Le site choisi tait
au pied du ksar, dans la valle, mais assez loin du lit de l'oued pour chapper au risque d'inondation en cas de grosse crue du Chlif.
Cet cet endroit que, depuis toujours, se faisaient les changes entre sdentaires et nomades : laine, moutons, dattes parfois,
contre des crales et aussi du charbon de bois fabriqu dans les forts de l'Atlas tellien. L'intrt de cet tablissement tait
donc double : protger l'axe de pntration vers le sud le plus court et le plus commode, et contrler les marchs aux bestiaux,
et indirectement les tribus nomades qui, pour pouvoir continuer frquenter les souks et les pturages du nord, furent obliges
de composer avec les autorits franaises. Les progrs de la scurit et des transports permirent le dveloppement de ces activits traditionnelles.
Nous y avons tabli plus de soldats que de colons stricto sensu, car dans la rgion, les cultures deviennent trop alatoires.
Seul l'levage extensif reste possible tous les ans.
En 1873 un gisement de phosphate fut dcouvert prs de Boghari. Mais faute de moyen de transports appropris vers la cte,
il ne fut pas question de l'exploiter. Quand le chemin de fer arriva, c'tait trop tard : des gisements plus riches et plus faciles
d'accs avaient t trouvs, en 1885, dans notre protectorat tunisien.
En 1912 est inaugure la gare. Boghari devient, pour 9 ans, le terminus provisoire de la " pntrante centrale " partie de Blida.
Cette date est importante pour l'conomie locale.
En 1942 ou 1943 est ouvert un camp (puis 2) de prisonniers de guerre allemands, autrichiens et italiens ramens de Libye.
J'ai connu 3 prisonniers autrichiens envoys travailler dans une ferme familiale de Saoula dont le propritaire avait t
mobilis pour combattre en Tunisie. Ce camp, ferm aprs 1945, a resservi dans les annes 1955-1962 pour les rebelles et leurs complices.
En 1956 furent cres la sous-prfecture et une SAS (section administrative spcialise).
************
Le cadre gographique et ses aptitudes
fleuve prs du futur Boghari
Le Boghari des Franais a t tabli dans la valle du Chlif prcisment l'endroit o celle-ci quitte les hautes
plaines steppiques pour s'enfoncer dans l'Atlas tellien.



La photo ci-dessus prise hors de la ville actuelle, permet d'imaginer l'allure qu'avait le fleuve prs du futur Boghari : un lit mineur
encadr de berges alluviales abruptes. Ces dernires sont vulnrables en cas de crue exceptionnelle ; on ne peut songer construire
une ville sur de telles rives. Et un pont est forcment long : 77 m pour celui qui relie les deux rives en face de Boghari.
Dans les annes 1930 on a construit le barrage d'crtement de crue de Bougzoul, 12 km en amont, pour viter tout risque d'inondation.
Au niveau de Boghari la valle a un bon kilomtre de large. Son altitude est un peu suprieure 600m. Sa rive gauche est domine de 400m
par l'extrmit boise de l'Ouarsenis ; sa rive droite o se trouve la ville est domine de 200m par l'extrmit de deux crtes monoclinales arides.
Les sols alluviaux sont corrects ; c'est la pluviomtrie, de l'ordre de 400 mm, qui rend toute culture alatoire sans irrigation.
Boghari a un climat mditerranen de nuance steppique, avec des journes froides en hiver (il peut neiger) et torrides en t.
La rgion n'est propice qu' la vie pastorale extensive, avec ou sans nomadisme. Entre 1856 et 1962, les levages de chameaux et de
chevaux ont dclin ; celui des moutons a progress grce l'amlioration de la scurit et au creusement de nouveaux puits et forages.
Boghari tait remarquablement plac pour servir de lieu d'changes, et de lieu d'entrept.
Boghari tait une ville de march et d'entrept
Cette activit est un hritage car elle est trs antrieure la cration du centre de peuplement franais. Le march tait un souk
et Tnine : il se tenait le lundi. Il s'est ensuite bien dvelopp. C'tait surtout un march aux bestiaux ; mais pas seulement bien sr.
On dirait, dans le jargon des gographes actuels, que c'est un des points privilgis de l'interface entre les mondes nomade et sdentaire.
L'affluence tait grande au printemps lors de l'arrive des nomades du sud, Ouled Nal et Arbaa, et lors de leur dpart la fin de l't
avec leur provision de bl d'orge et d'ustensiles divers, voire de cadeaux pour leur(s) pouse(s).
Le rle d'entrept tait plus limit. Si l'on excepte les balles d'alfa il y avait peu de marchandises stocker venues du sud,
et beaucoup venues du nord, commencer par tous les articles industriels d'usage courant, et par les carburants.
Boghari tait une ville de garnison (comme toutes les villes d'Algrie en vrit).
Boghari a hberg ds 1856 un bataillon du premier rgiment de tirailleurs algriens (le 1er RTA).
Ce rgiment d'infanterie avait t cr en 1841 ou 1842, juste aprs la conqute de Mda, avec le nom de rgiment de tirailleurs indignes
d'Alger et du Titteri. A l'origine son uniforme tait bleu clair, avec un sarouel (ample pantalon arabe).
Les tirailleurs furent tous volontaires jusqu' l'tablissement de la conscription pour les musulmans en 1912.
J'ignore la dure des engagements en 1842 ; en 1875 elle fut de 4 ans renouvelables et en 1899 de 15 ans. Les soldats taient indignes ;
les officiers presque tous franais, de rares exceptions prs. Au dbut les officiers indignes ne pouvaient pas dpasser le grade de lieutenant.
Sur le drapeau du 1er RTA la premire inscription est Laghouat, car le rgiment avait particip la prise de l'oasis en 1852.
C'tait avant la naissance de Boghari.
On trouve leurs traces sur la plupart des champs de bataille de France et de l'Empire, de Madagascar au Tonkin, et de Tunisie en Annam.
Boghari tait une ville de cheminots, ce qui est plus rare. La gare de Boghari possdait le deuxime dpt de locomotives et de matriel
ferroviaire de la ligne Blida-Djelfa, le premier ayant t logiquement tabli Blida. On pouvait y pratiquer des oprations de maintenance simples.
Boghari tait une ville de fonctionnaires et assimils, comme tous les centres administratifs.
Il y avait moins de fonctionnaires qu' Mda car il y manqua, jusqu'en 1956, ceux de la sous-prfecture, et jusqu'en 1962 ceux du lyce.
Dans les derniers temps on avait tout de mme ouvert un CES.
La sous-prfecture est arrive trop tard, en 1956, pour modifier vraiment la situation. Elle l'a srement moins change que l'inscurit
qui a motiv la cration d'une SAS.
On pouvait y saisir un juge de paix, contacter la gendarmerie ou demander l'aide d'un huissier, moins que ce ne soit l'inverse.
Boghari fut de 1856 1962 une ville de transit ; mais modeste. Le guide bleu, pour 1950, ne signale que deux htels.
Ce rle est l'une des raisons qui ont pouss Napolon III signer le dcret de fondation de Boghari. Pour autant les activits lies
ces passages ne se sont dveloppes vraiment qu'aprs 1954 pour deux raisons sans rapport entre elles : l'inscurit qui fait passer
par l nombre de militaires en chemin vers un cantonnement ou une SAS du bled, et l'essor de la recherche des hydrocarbures au Sahara.
Boghari vit alors dfiler la noria des camions qui alimentaient les chantiers d'Hassi R'Mel et d'Hassi Messaoud.
C'est juste pour l'anecdote que je signale que, chaque mardi, un restaurant de Boghari avait nourrir, midi, les voyageurs
ayant pris le car de la SATT destination de l'une ou l'autre des oasis du Sahara. Au retour il n'avait personne nourrir
car le mme bus s'arrtait, pour le djeuner, Bou Sada.
**************************************
Les aspects de l'agglomration de Boghari
Le pluriel est impos par l'existence de deux centres spars par une pente raide d'un peu plus d'un kilomtre :
il y a le ksar de 1827/1828
et le bourg franais apparu en 1856.
Du ksar tous les guides disent qu'il a l'aspect d'un village saharien. Peut-tre. En tous les cas l'aridit des terrains
qui l'entourent est saharienne par sa couleur et son absence de tapis vgtal. Pour ce qui des maisons, a dpend lesquelles ;
les plus anciennes oui , les plus rcentes non. On monte au ksar par une rue borde de petits immeubles de type europen.
Le seul btiment remarquable est une zaoua, un peu l'cart, au nord du village arabe, qui fait songer une glise orthodoxe improbable en ces lieux.



Le cadre peut sembler saharien ; encore qu'il y manque les palmiers



Pour ce qui est des maisons, c'est moins sr. La rue qui y monte n'a rien de saharienne.

Voici la zaoua : elle associe des lments de paysage saharien et grec.



Du Sahara, le sol aride et un palmier-dattier.
De la Grce, la coupole octogonale tambour lev avec des arcs d'une forme inhabituelle en terre d'Islam.
L'architecte devait tre un turc fascin par les petites glises orthodoxes.
C'est en tous cas ce quoi fait immdiatement penser cette coupole trange en ces lieux.
Les arbustes sont des figuiers de Barbarie tout fait leur place.



Le bourg franais a l'aspect d'un grand village de colonisation, dans sa version sche et un peu dsordonne.
Il y a bien 3 ou 4 rues parallles alignes du nord au sud entre la voie ferre et la RN 1, mais pas de place centrale carre.
Le village des dbuts a dbord du cadre originel en alignant quelques maisons le long des routes.
Aucun btiment ne mrite une mention, sauf une synagogue dont la faade est de pure facture dorique
avec triglyphes, mtopes et frontons triangulaires. Je ne sais rien sur la communaut juive qui a d, avant 1962, justifier
cette construction qui parat rcente. Cette communaut n'est pas un hritage de l'poque ottomane, comme Mda,
puisque Boghari n'existait pas avant 1856.



L'glise est la mme, vue sous deux angles diffrents
La photo du haut est plus ancienne que celle du bas



La desserte de Boghari par les services de transports publics
Boghari est 71 km de Mda, chef-lieu principal, et 162km d'Alger, la capitale.
Ds le dbut du peuplement europen, sans doute, Boghari a-t-il t desservi par des vhicules traction animale
qui mettaient deux jours rejoindre la capitale.
Le progrs dcisif fut l'arrive du chemin de fer le 15 aot 1912. La locomotive reprsente sur la photo, dcore
de nombreux drapeaux tricolores, est celle du train qui inaugurait la ligne ce jour-l, ou du moins son prolongement
de Berrouaghia Boghari. La locomotive tait une 140 T fabrique Fives-Lille en 1910.



Sur cette ligne voue un faible trafic les trains ont t soit de marchandises, soit mixtes, associant des wagons
de marchandises et des voitures de voyageurs.
Les trains s'arrtaient dans toutes les gares jusqu' Blida. Il n'y avait pas d'express, ni de trains de nuit. A Blida il fallait changer de train.
Les voitures de voyageurs avaient l'poque trois classes de compartiments (et non 4 comme en Indochine au mme moment).
Les autobus qui reliaient Boghari Alger taient ceux de la socit des autocars blidens dj cite. Boghari tait un terminus pour
une desserte quotidienne ; mais s'arrtait aussi Boghari le car qui assurait, une fois par jour galement, la liaison Alger-Djelfa.
En correspondance avec le train la mme socit desservait Reibell, loign de 98 km vers le sud-ouest..
A ces deux liaisons quotidiennes, il faut ajouter des services de car, plus rares, vers le village de Letourneux dans l'Ouarsenis.
En 1950 il y avait trois aller-retour par semaine.
Au passage ces autobus desservaient le village de Boghar o nous allons monter sans plus attendre.
*************Supplment sur Boghar*************
En tant que forteresse Boghar n'est pas une cration franaise
En tant que village de colons agriculteurs c'est une cration franaise
En 1954 il y avait 2326 habitants dont 173 Europens
Boghar avant les Franais est un lieu lev qui a t fortifi pour surveiller les hautes plaines ainsi que la perce du Chlif par laquelle il
est commode de passer pour pntrer profondment dans l'Atlas tellien.
Sous les Romains Boghar s'appelle Castellum Mauritanum
C'est une forteresse faisant partie du Limes que Rome a amnag au pied de l'Atlas tellien pour surveiller les nomades des steppes alors dnomms Gtules.
Cette forteresse appartient la province de Maurtanie Csarienne que Rome n'a annexe que vers 40 de notre re.
J'ignore la date prcise de l'implantation des lgionnaires en ce lieu, mais il est sr que la date de 46 lue sur internet est une erreur.
46 me paratrait prmatur et 146 possible. En l'absence de certitude, admettons une date du II sicle.
Dans le Titteri le limes n'tait pas continu ; il consistait en fortins distants d'une vingtaine de kilomtres entre lesquels patrouillaient
les soldats des numeri exploratores. Il y avait srement un tel numerus Catellum Mauritanum, dont le poste le plus voisin tait Saneg.
Aprs tre plac en premire ligne le poste du futur Boghari s'est retrouv vers 200, sous les Svres en seconde ligne, loin derrire
les postes tablis alors dans l'Atlas saharien. Mais ces postes trs avancs ont d tre vacus vers 240. Boghar a tenu plus longtemps.
J'ignore quand le Castellum Mauritanum a d tre vacu son tour ; vraisemblablement lors d'un pisode des troubles provoqus par les Donatistes
ou les Circoncellions au IV sicle. Je suis sr qu'il n'y avait plus de lgionnaires en 429 lorsque les Vandales ont chass les Romains de la Maurtanie.
De toute faon, ni les Vandales, ni les Byzantins ne sont rapparus en ces lieux qui disparaissent de l'histoire pour un millnaire.
Sous la Rgence turque Boghar rapparat, au XVI sicle, en tant que point d'appui des troupes du bey de Mda charges de la collecte des impts et
du maintien d'un semblant de souverainet sur les montagnes jusqu'au XVIII et mme sur les steppes nomades ensuite. Les Turcs avaient deux postes
de part et d'autre de la perce du Chlif : Boghar et le ksar du futur ksar el Boukhari. Le principal tait Boghar.
Ces fortins russissaient leur mission dans la mesure o ils tendaient le bled el Makhzen (pays sr) aux dpens des bleds es Siba (pays insoumis) ou
el Baroud (pays en guerre).
Sous Abd el-Kader, Boghar est occup aprs 1837. Le khalifa el Berkani y tablit un arsenal que, grce au trait de la Tafna, il peut remplir avec
des armes et de la poudre achetes la France. Il n'est alors pas question que les troupes franaises pntrent dans la province du Titteri dont la
souverainet a t reconnue Abd el-Kader.
Tout change lorsque Abd el-Kader dcide le djihad l'automne 1839. Vale fait aussitt roccuper, pour de bon, Mda.
Mais el Berkani continue tenir la campagne.
C'est aprs l'arrive de Bugeaud au Gouvernement Gnral fin fvrier 1841, que les soldats franais reprennent l'offensive et pourchassent el Berkani.
Cette chasse nous conduit jusqu' Boghar en mai 1841.
Boghar sous les Franais
En 1841 Lorsque le colonel Baraguay d'Hilliers, parti de Mda, monte Boghar, il ne trouve, le 23 mai, que des ruines.
El Berkani a mis le feu ses installations et vid son arsenal. Il reste au colonel construire et fortifier une redoute suffisante
pour hberger le rgiment laiss sur place ( le35 de ligne), ainsi qu'une infirmerie pour soigner malades et blesss. Ses instructions
lui enjoignent de crer un poste d'observation capable de surveiller les mouvements des tribus de la steppe,
avec une garnison assez fournie pour empcher le retour d'el Berkani. On ne songe pas alors aller plus loin vers le sud, car le climat trop aride,
parat exclure l'implantation de villages de colonisation dans la steppe.
Mais les alas de la lutte contre Abd el-Kader nous ont oblig nous avancer loin vers le sud, mtamorphosant ainsi Boghar de poste
d'observation en base de dpart d'expditions punitives ou exploratoires. J'y reviendrai.
On fait bientt de Boghar le sige d'un cercle militaire dpendant de la subdivision de Mda, et le sige d'un bureau arabe.
En 1844 un village de colonisation est fond au-dessous du fort, pour des soldats librables demandeurs d'une concession, la fin de leurs 7 ans
de service militaire (pour ceux qui ont tir un mauvais numro) institus par la loi Soult de 1832.
En 1870 Boghar devient chef-lieu d'une CPE, commune de plein exercice.
En 1878 le primtre de colonisation est agrandi par l'octroi de 46 lots de toutes tailles, le plus souvent trop petits pour
constituer une exploitation viable. Ce sont des lots complmentaires qui contribuent l'agrandissement des exploitations d'origine.
Une curiosit : dans la liste des 46 bnficiaires figure un Baba Amar ben Mustapha dont les anctres n'taient pas venus de France.
********************************************************************************************************
*Notule sur le Comte Achille Baraguay d'Hilliers 1795-1878 *
*Monsieur le Comte a un nom bien long pour un si court sjour en Algrie. Il est arriv colonel en 1841*
*et reparti la mme anne avec le mme grade. *
*Il aurait t renvoy en Europe cause de ses rapports excrables avec ses soldats. *
*En Europe il fit une brillante carrire *
*--- 1854 Il commande l'arme combattant les Russes dans la Baltique *
*--- 1859 Il combat les autrichiens Solfrino *
*--- Par la suite il fut ambassadeur Constantinople *
********************************************************************************************************
Le cadre naturel, ses aptitudes, et ses intrts
Boghar est situ l'extrmit orientale du massif de l'Ouarsenis, dans ou en bordure d'une zone forestire, 900-1000m d'altitude ;
donc 300 400m au-dessus des hautes plaines et de la perce du Chlif. Le sommet de l'espace fortifi est 977m et le Chlif 600m.
La carte de la rgion figure en tte du chapitre sur Boghari ; on y voit que les espaces plats dfrichs les plus tendus sont vers le
haut et que les casernes ont t construites sur un court versant dominant le village.
A cette altitude il pleut (et il neige) davantage qu'en bas, ce qui a rendu possible l'installation de colons semant bl et orge.
Boghar est d'abord un balcon sur le sud et sur le Chlif. C'est un lieu d'observations privilgi que l'on quipa ds 1841
d'un tlgraphe optique permettant d'alerter trs vite Mda et Alger ; sauf en cas de brouillard.
Boghar devint vite une base militaire destine regrouper les troupes avant leur dpart pour des expditions vers le sud.
Cette base comportait des casernes concentres dans un rectangle protg par un mur. Il y avait des btiments pour loger les soldats,
pour hberger les officiers, pour le service de sant et pour stocker les quipements. En arrire de cet espace clos, les terrains
du camp Suzonni avaient t dfrichs et sommairement amnags pour les troupes de passage.
Cette base de dpart a souvent servi pendant les 10 premires annes.

En mai 1843, c'est le duc d'Aumale qui quitte Boghar avec ses 1300 fantassins franais, les 600 spahis de Yusuf et les 300 goumiers
d'Amar ben Ferrath. On lui avait signal la prsence de la smala d'Abd el-Kader quelque part dans la steppe, en route vers le djebel Amour.
Le duc d'Aumale cheval et ses fantassins, pied, parcoururent en 6 jours les 120km qui sparent Boghar de Taguine o la smala fut surprise
et prise le 16 mai, en l'absence de l'mir.

En mai 1844, c'est le gnral Marey-Monge qui y regroupe les 2800 soldats venus de Mda et 800 goumiers algriens.
Il suit la trace d'Aumale jusqu' Taguine et poursuit jusqu' Laghouat, dans une mission la fois de reconnaissance
et d'intimidation. A Laghouat le cheikh Ben Salem nous est favorable et accepte de recevoir de la France le burnous de Khalifa.
Marey-Monge repart sans laisser de troupes.
Ben Salem meurt en se rendant une convocation Mda. L'oasis tombe aux mains de Mohamed ben Abdallah, ancien khalifa
de la France Tlemcen, qui nous est devenu hostile et lance des expditions vers le nord et contre les tribus rallies.

En novembre 1852 c'est le gnral Yusuf, alors chef de la subdivision militaire de Mda, depuis dcembre 1851,
qui quitte Boghar pour Laghouat. Il est rejoint, en chemin par d'autres troupes, notamment celle du gnral Plissier
venu d'Oranie et chef de l'ensemble. Je passe sur les circonstances de la prise de Laghouat, le 4 dcembre 1852.
Les combats furent si meurtriers (le gnral Bouscaren est tu) que Plissier a hsit entre raser la ville ou l'occuper.
Aprs avoir entam les dmolitions, il change d'avis et laisse un rgiment sous les ordres du capitaine Barail aussitt
promu commandant, puis lieutenant-colonel et chef de cercle militaire. Barail s'acquitte fort bien de sa tche. Mais dsormais,
il faut scuriser toute la piste entre Boghar et Laghouat, sur plus de 250km. Boghar n'a pas fini de servir de base de dpart
en cas de problmes inhabituels du ct des Ouled Nal ou du djebel Amour.
*************************************************************************************************
*Notule sur le duc d'Aumale1822-1897 *
*C'est le cinquime fils du roi Louis-Philippe *
*1840 Il arrive Alger comme capitaine et participe la prise de Mda *
*1842 Il revient en Algrie comme Marchal de camp et est nomm chef de la province du Titteri*
avec rsidence Mda *
*1843 en mai, il s'empare de la smala d'Abd el-Kader *
*1843 en novembre il commande Constantine *
*1844 Il dirige l'expdition qui occupe Biskra en fvrier *
*1846 ( 15/11) Il pose la premire pierre du centre qui porte son nom *
*1847 Il remplace Bugeaud comme Gouverneur Gnral *
*1848 la chute de la monarchie il dmissionne et est exil *
*************************************************************************************************

*************************************************************************
*Notule sur Guillaume Marey-Monge, comte de Pluse, 1796-1863 *
* Petit-fils du mathmaticien, inventeur de la gomtrie descriptive. *
*Polytechnicien *
*1830 Commandant Alger, charg d'organiser les troupes indignes *
*1830 et 1831 Participe aux deux expditions de Mda *
*1834 Nomm agha (chef) des troupes indignes *
*1837 Promu colonel des spahis *
*1843 Explore la rgion des ruines d'Auzia (futur Aumale) *
*1844 Dirige la premire expdition de Laghouat *
*De sept. 1847 fvrier 1848 Gouverneur Gnral intrimaire *
*************************************************************************


Boghar est enfin un village de colonisation quasi spontan.
Les premiers concessionnaires sont des soldats librs de leurs 7 ans de service qui sollicitent l'attribution d'un lot.
Leur dsir rencontrait le souhait de Bugeaud, nouveau gouverneur gnral devenu partisan d'une colonisation de peuplement.
Des lots leur sont accords. D'autres franais sont attirs, comme toujours prs d'une forte garnison, par
la clientle des soldats : aubergistes et cabaretiers notamment.
rue principale et mairie
Le dcret de la fondation officielle, en 1844, est en fait la reconnaissance d'un fait acquis.



La prsence permanente, jusqu'en 1962, d'une garnison importante, explique srement, pour une large part, le succs
de ce centre qui, malgr son loignement de la cte et d'Alger, a conserv une population europenne encore forte de 173
personnes en 1954 (contre 252 en 1870). La garnison c'est la scurit, y compris mdicale avec le petit hpital militaire,
c'est moins d'isolement et c'est plus de clients et de vie.
Le plan du village, visible sur la carte, est classique :un damier de trois rues parallles coupes par quatre
rues perpendiculaires plus courtes. Le village est reli la valle par une route qui prend par endroits des allures
de route de montagne, avec des raccourcis pour les pitons et les nes. Les maisons sont des maisons basses ; toutes
semblables, ou presque, avec un jardinet derrire.
En 1954 il y avait 173 Europens en vie, et un nombre inconnu au cimetire. Aujourd'hui il est sr que les vivants sont partis,
mais il n'est pas sr que les morts soient rests au cimetire, ni mme qu'il y ait toujours le cimetire,
car depuis 2003 il est question de regrouper tous les corps des cimetires abandonns du Titteri, dans un ossuaire
au cimetire de Mda. Mais aucune information fiable n'est disponible sur un cimetire prcis. Cette remarque
est valable pour tous les cimetires du bled.

BOGHARI
!!!!!!!!!!!!!!!!!
    
    http://technologie.ahlamontada.com
cool009


avatar

: 134
: 38
: 370
: 30/01/2010

: : BOGHARI Ksar el Boukhari    23 2011, 07:15


.
    
    http://falsafa.1talk.net/



avatar

: 519
: 24
:
: 1487
: 27/10/2010

: : BOGHARI Ksar el Boukhari    12 2011, 14:37

    
seg23000


avatar

: 454
: 51
: http://technicom11.ahlamontada.com
: 1460
: 23/08/2008

: : BOGHARI Ksar el Boukhari    09 2011, 08:25

    
    http://technologie.ahlamontada.com
hamada




: 4
: 52
: 6
: 26/06/2009

: : BOGHARI Ksar el Boukhari    06 2012, 21:01

tres honnorable
    
hamada




: 4
: 52
: 6
: 26/06/2009

: : BOGHARI Ksar el Boukhari    30 2013, 16:15

    
saya.97


avatar

: 10
: 19
: 23
: 07/10/2012

: : BOGHARI Ksar el Boukhari    22 2013, 15:50

L'Algrie est toujours libre
Et restera libre
Et l'histoire mouvemente fascinante
Merci pour ce sujet
trs cool *-*

Like a Star @ heavencheers
    
 
BOGHARI Ksar el Boukhari
          
1 1
 
-
» LE KSAR DE BENI OUNIF ( )

:
 :: ,  ::  -